La nuit où tout commence
J’étais infirmier depuis peu. J’avais appris à masquer mon stress derrière des gestes précis, mais au fond, chaque garde me rappelait que je n’étais pas prêt à tout. Cette nuit-là, le service était plein. Les voix se chevauchaient, les alarmes rythmaient l’air, et puis l’appel est tombé : accident de la route, collision frontale, une famille.
Quand les ambulances sont arrivées, le chaos a envahi le couloir. Les brancards défilaient, les ordres fusaient. J’ai aidé comme je pouvais, en pilotage automatique. Et puis, dans un coin, presque oubliée, il y avait elle.
Une petite fille de trois ans, trop calme pour son âge. Elle était assise, les jambes pendantes, les yeux grands ouverts. Pas un cri, pas une larme. Juste ce regard figé, comme si elle attendait qu’on lui explique ce qui venait de se passer. Elle portait un t-shirt trop fin pour la saison, et ses doigts tremblaient légèrement.
Je ne sais pas pourquoi je me suis arrêté. Peut-être parce que personne d’autre ne le faisait. Je me suis accroupi à sa hauteur. Elle m’a regardé une seconde, puis elle a tendu les bras. Quand je l’ai prise contre moi, elle s’est accrochée avec une force qui n’avait rien d’un geste d’enfant. C’était une prise de survie.
Cette nuit-là, je l’ai gardée près de moi. On m’a dit que ce serait provisoire. Une nuit. Le temps que les adultes soient stabilisés. Une nuit, rien de plus.
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